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27/11/2007

Un couturier vous parle

Un COUTURIER VOUS PARLE
Roger Pierre 1953
( monologue dit par J.M.T. )


- Et voici pour vous, Mesdames, pour inaugurer la grande saison des collections, qu'un grand couturier vous parle.

- Je ne pousserai qu'un cri : Alerte !

- C'est au nom de la Haute Couture parisienne, de la Haute Couture du Tout-Paris éternel que je lancerai cette alarme soudaine et angoissée.

- Tous les couturiers de Paris, Christian, Pierre, Jacques et moi-même nous avons soulevé le monde du chiffon contre ces marchands de sacs de pommes de terre que sont les couturiers de Londres et de Venise. Non, Paris, ne s'habillera jamais en Angleterre, parce que les robes anglaises sont conçues pour des grosses et nous ne sommes pas grosses, n'est-ce pas Mesdames ?

- Jamais, au grand jamais, Paris n'ira s'habiller made in England, tiens comm' ça... Nous ne laisserons pas nos femmes, Messieurs, enfin nos femmes, les personnes qui sont dans notre vie, s'arlequiner en Italie comme des chienlits. Brandissons bien haut nos petits étendards de satin broché, défendons nos petites mains et nos grands bustes, déchirons sans pitié les robes étrangères, qui veulent habiller les plus belles femmes du monde avec des housses. Avec des housses... Je suis cruel, je le sais, ma vie est une aiguille, je brode, je pique, j'habille des reines, je lapide les folles et les sans-goûts, les souillons. Vous me connaissez tous, critiques redoutables et spirituels : Pêpé la guipure, avec ses doigts de fée. Vous avez tous admiré, l'année dernière, ma fameuse touche érotico-religieuse, qui faisait encore se pâmer dans mes salons, hier, l'horrible mère machin ,la Broderick Sherbrook de l'Harper's Chronicle... Oh... celle-là j'peux pas la voir, oh... Alors demain, Paris s'habillerait Made in England, tiens comm' ça. Demain les belles des parterres parisiens iraient user leurs dessous chez la Giovanni à Florence et se faire déguiser en Fausto Coppi ? Et puis quand je dis Fausto Coppi, j' veux pas être méchant...

- Allez, venez maintenant, venez avec moi dans ma tour d'ivoire, dans mon antre, ma boutique aux chimères, ici pas de chichis, on est entre nous, Mesdames.

- Ghislaine, tenez-vous droite, oh, oh... ces filles vous savez...

- Allons soyons simples causons chiffons. Vous avez vu que le Christian fait un tabac fou avec sa robe record "Viviane". Oh !... écoutez, record de quoi ? je vous demande un peu. Tulle et dentelle or, un petit décol­leté corbeille et un plissé soleil, y' a vraiment pas d' quoi s' rouler dans la cretonne, moi j' vous 1' dis, oh...

- Moi, j'ai des idées, moi par exemple un chapeau à la doudoune, en organza, tenez-vous bien ma fille. Ghislaine, écoutez c'est pas possible ? Oh. Ecoutez, je ne sais pas, je vous l'ai dit cent fois, un mannequin c'est une fleur qui rive, mi-ectoplasme, mi-orchidée, c'est simple, je n' sais pas, oh la la ...

- Ah ! Madame Berthe... Berthe...

- Vous livrerez Vertige d'un soir près d'une épave ensablée, à la mère Tatezi. la Rotschild et puis revenez pas sans les sous, hein. Bon.

- Alors, qu'est-ce que je vous disais, moi ? Ah, oui, cette année, daim noir sur velours blanc ça je veux, je veux, je veux ou je fais une colère. Alors je vous disais satin coulissé, de l'austère, de l'austère, mais de l'ostentoire tout de même, du bouillonné, vous voyez ce que je veux dire... que ce soit pur et équilibré.

- Ghislaine, oh, Ghislaine, mon petit, si j'apprenais qu'un jour vous avez trahi notre beau pays, le pays de Louison Bobet et Paul Déroulêde en allant faire le mannequin en Italie pour Baptista ou le gros Biki de Milan, non, ça je ne sais pas ce que je vous ferais. Tenez, je casserai votre beau petit parapluie que je vous ai offert à la Sainte-Catherine, pour avoir chanté "Les petits Païens".

- Ah, Mademoiselle Lucie, j'oubliais :
Vous irez porter des lilas chez cette affreuse Baronne-là, qui se parfume à la Bergamotte, ah... puis vous mettrez beaucoup d'asparagus, ça fait volume et c'est pas cher.

- Ah ! autre chose. Vous irez porter une rose chez mon Tonton de la place Blanche, hein ? Choisissez-la classique mais éclatante, tout de même, hein, comme une cape de toréador. Puis vous mettrez un mot , vous ajouterez ceci : Ma vie va son train, y comprendra (rires).

- Oh ! j'ai perdu un bouton. Y'a personne qui sait coudre ?

Commentaires

c'est pour celà que: mes fleurs se mettent en scène
sur une panoplie de tissus ! que je vais rénover ?
bonne soirée

Écrit par : Marithé | 26/05/2008

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