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01/11/2007

L'ours des CARPATHES

" Non, Cornel, allons plus loin, on veut camper dans un endroit tranquille, où on sera seuls..."


Fin juillet 90, nous voici tous quatre en Roumanie, attendus par Cornélius, deltiste roumain -plus de 2.000 vols sous des machines construites par lui-même, mousquetons forgés à la main, s'il vous plaît - dont il faudra bien raconter un jour l'histoire.

Dans l'Espace : matériel de camping, quelques tonnes (j'exagère à peine) de nourriture et bien entendu nos parapentes. Petite omission : si nous avons pensé aux whiskies,pastis et autres douceurs essentielles,nous avons carrément fait l'impasse sur la bière qui doit normalement exister dans tout pays civilisé non désertique...

Le camarade-fonctionnaire-tenancier de bistrot rigole doucement lorsque nous commandons 4 bières :
-»Pas de bière aujourd'hui »
- »Alors 4 eaux minérales ? »
- »Pas d'eau minérale » s'esclaffe-t-il.
- »Bon, qu'est-ce que vous avez à boire ? »
- »Rien du tout !»hilare-t-il, pas gêné pour un Leu. (Un Leu, pluriel des Leï, monnaie locale. Pour 1 US$, 21 leï au cours officiel et 100 leï au marché parallèle, tu choisis.)

En trois semaines et 4.000 km à travers la Roumanie, nous découvrirons trois fois des estaminets (miaou...) servant de la bière,fréquence honorable aux dires des spécialistes.Découverte facile au demeurant,quand on connaît les signes: bistrot fermé,un judas entrouvert, 200 personnes faisant la queue,la pièce à la main (de là viendrait l'expression « à la queue le LEU ») puis partant boire alentour leur précieuse chope de liquide mousseux. On a goûté : « ça »a la couleur de la bière,une odeur qui rappelle quelque chose de nauséeux et un goût que ceux qui ont beaucoup vécu associent à celui de la pisse d'âne !

J'abrège car Cornélius nous attend,nous reçoit,nous offre le café (recette: tu mets du café,du sucre et de l'eau dans une casserole,tu fais bouillir. Plus ça bout et plus c'est fort et plus ils aiment .Tu bois et tu manges un peu.) et se met illico en congés pour trois semaines durant lesquelles il nous cornaquera à travers son beau pays.

Départ vers la montagne, premier vol en parapente medium_parapente2_roumanie.jpgd'un site téléphérique (montée 6 leï quand on fait la queue,un peu plus lorsqu'on passe devant tout le monde;backchich au cabinier,prix de la montée dans une poche qui n'est pas celle de l'Etat ...) duquel pour la première fois des chiffons multicolores s'envoleront pour se poser 1.500 mètres plus bas. Nous faisons les paons devant l'accueil enthousiaste qui nous est réservé: le dictateur n'est pas notre cousin.

Premier campement; des jeunes jouent alentour. Nous prenons contact, français, anglais, la communication est facile. Nos catalogues 3 Suisses et Redoute circulent et les remplissent d'émerveillement rempli d'incrédulité : toutes ces choses sont donc disponibles en France ?

Le temps de monter les tentes et de jeunes étudiantes roumaines nous invitent à une soirée « à la roumaine » autour d'un feu, avec chants,guitare,medium_danse_roumains.jpgdanses tziganes.medium_roumanie_soirée.jpg Aurélia, Mireille, les autres, nous sommes subjugués,amoureux, la vie est belle, vivent les vacances !

Notre périple se poursuit, notre véhicule s'allège quelque peu, le grand air affame et voici que surgit dans la conversation l'idée d'un poulet à la broche.
_ »Impossible » affirme Cornélius « pas de poulet dans les épiceries ».
( Cornel sait de quoi il parle : sous CEAUCESCU -et c'était hier- il lui fallait faire la queue une nuit et une matinée entière pour trouver, une fois par mois, des cous et des pattes de poulets ! Il y a un peu de mieux aujourd'hui).
- »Mais, Cornel, des poulets il y en a plein la campagne ??? »
- »Bien trop cher. 200 leï, peut-être 300.. »
Cornélius, ingénieur physicien, mécanique des fluides gagne 3.500 leï/mois. Pour nous, à 3 dollars l'oiseau nous sommes prêts à acheter la basse-cour et, pourquoi pas, la fermière ! . A la première ferme l'affaire est faite. Petit détail : le poulet nous est vendu vivant. Jean-Jacques qui n'a pas d'état d'âme occira le volatile vite fait,bien fait.
En route pour l'aventure du campement. Le camp du soir ,c'est un moment fort que nous préparons minutieusement.
Cornélius nous fait arrêter en bordure d'une forêt, où déjà 3 ou 4 tentes sont montées.
- »Non, Cornel, allons plus loin, on veut camper dans un endroit tranquille où nous serons seuls ».
Stoïque, Cornélius nous fait suivre un chemin vaguement carrossable qui s'enfonce dans la forêt, loin des hommes croyons-nous. Ça y est! Une clairière, terrain plat engazonné, sur la droite l'indispensable torrent servant à rafraîchir le pastis et, accessoirement, très accessoirement à des simulacres d'ablutions matinales.

L' Espace répand son contenu sur un hectare et chacun s'affaire selon ses compétences naturelles vers une tâche ou une autre.

Quelques tentes sont montées. Norbert et Jean-Jacques, fanatiques du bivouac, choisissent de rêver les yeux dans les étoiles. Le bois mort arrive peu à peu, est vite enflammé et les cuisiniers s'affairent, surveillés par Angelica qui tient solidement le poulet serré contre elle. Malheur à qui, homme ou loup, voudrait le lui subtiliser ! Angelica, adorable roumaine que je n'ai pas le temps de vous présenter aura découvert la french way of life (enfin, la nôtre, qui n'est pas triste..) et serait bien revenue avec nous...

Tiens ! Arrive un forestier, énorme tronçonneuse à la main. Discussion avec nos roumains et le voilà qui débite un sapin à terre en tranches de cake. Poignées de mains,cigarettes et pastis,salut l'ami.

Cornel nous explique : personne ne campe aussi loin et nous sommes installées, ô joie, sur un passage d'ours. Notre feu est un peu short; il faut selon le forestier faire deux foyers de part et d'autre du camp et les faire brûler toute la nuit. Merci brave homme pour ta sollicitude.

Dîner autour du feu, polenta et poulet sous une légère pluie que nous traitons par le mépris, alors que la nuit tombe et que circulent les alcools.

Les flammes découvrent soudain un bûcheron,forte hache sur l'épaule,suivi de deux molosses. Il pose son outil à terre, deux mots aux chiens qui s'aplatissent et s'approche de nous. Conversation en roumain. »Il veut de l'alcool » nous dit Cornel. Nous offrons un verre de vin qu'il boit tout en pêchant un billet de banque dans sa poche. Il veut payer, nous refusons, la polémique-victor (!?) s'éternise, la pluie redouble, Angelica se retire dans ses appartements, J.J. qui ne veut plus bivouaquer squatte ma tente, Sylvain s'éclipse et j'en fais autant, laissant Norbert et Cornélius tenir compagnie à l'obstiné. Je saurai la suite le lendemain car,glissé dans mon duvet,les vagues éclats de voix perçus ne m'ont en rien empêché de rejoindre J.J. dans les bras de la femme de Morphée.

Réveil à la fraîche (10 h.), verre de café à la main, Norbert raconte :

« Le mec était bourré comme un petit Lu et insistait pour qu'on lui vende de l'alccol. Cornel palabrait lorsqu' Angelica,le cher ange,est sortie de sa tente en lui criant qu'elle en avait ras la casquette et qu'il fallait qu'il se tire ailleurs... en nous laissant roupiller. Le gugusse est devenu tout rouge, a hurlé que jamais une coucoune ne s'était permis d'élever la voix devant lui. Il a ramassé sa hache, a fait un moulinet qui est passé à une main du scalp de Cornel. Il nous a accusé de brûler le bois de l'Etat. Gardien de la forêt, qu'il disait, il nous interdisait d'y faire du feu. A grands coups de hache il a dispersé toutes les bûches; une s'est arrêtée à 1 mètre de la tente de Gérard. Comme y avait pas le feu, je vous ai laissés dormir. Cornel qui n'avait pas perdu la tête l'a calmé avec diplomatie, l'a mis sur le chemin du retour et nous avons veillé jusqu'à 1 heure dans la crainte de la ré-apparition de la brute... »

« Vous voyez »,nous dit Cornel, « je vous avais bien dit qu'il ne fallait pas camper dans des endroits aussi éloignés, l'ours des Carpathes est très dangereux. »

(J'avais publié cette aventure véridique dans la revue locale du Club Alpin Français. J'étais jeune en 1990 [55 ans,] d'où un humour un peu saugrenu..)

Commentaires

Je me suis régalée à la lecture de ton bivouac ! Je suis allée en Roumanie en ... 1960, hier comme tu vois !!! Bises et bonne journée. Biche

Écrit par : Biche | 28/10/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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